Publié le 22 février 2019

TRIBUNE. Dans quel état d’esprit les dirigeants et les chefs d’entreprise abordent-ils 2019 ? L’optimisme ressenti début 2018 semble avoir laissé la place à une forme d’inquiétude, a constaté Jonas Prising, PDG de ManpowerGroup, de retour de Davos. Pourtant, après une année riche en événements, de nombreux défis attendent les entreprises et les États. En matière d’emploi, dans un contexte d’automatisation rapide, celui de la formation et des compétences n’a jamais été aussi crucial, comme le montre une nouvelle étude internationale publiée par ManpowerGroup.

Que s’est-il passé en 2018 ? Pour le dire simplement, l’année que nous venons de vivre a été le théâtre de profonds bouleversements. Je pense notamment à la problématique de la protection des données, devenue une priorité pour toutes les entreprises, dans le sillage de l’affaire Facebook-Cambridge Analytica. Au travail, la confiance et la transparence ne sont plus de vains mots, mais une authentique exigence. Sans parler du mouvement #MeToo, qui a bousculé nos valeurs et promet d’en redéfinir certains fondements. Il faut encore ajouter une forme d’instabilité politique, ainsi que la résurgence de guerres commerciales partout dans le monde. Autant de défis à relever pour la communauté internationale, les relations commerciales et sans doute, la croissance mondiale.

Pour revenir à 2019, quel est donc le sentiment dominant chez les chefs d’entreprise cette année ? Sans surprise, il est beaucoup question d’unilatéralisme, de protectionnisme et de populisme. Pour tous, il est clair que ces phénomènes ont un impact direct sur les collaborateurs, les clients et les communautés dans lesquelles les entreprises sont implantées partout dans le monde. Plus largement, les activités même des entreprises sont touchées. Mais un autre sujet revient distinctement dans les débats : la demande toujours plus forte en compétences.

Cette année plus que par le passé, j’entends de nombreux dirigeants échanger sur les mesures à mettre en œuvre pour développer ces nouvelles compétences. Pour les collaborateurs, c’est l’assurance de disposer des compétences qui correspondent aux nouveaux métiers de demain. Sur ces questions, un consensus se fait jour : les qualités « humaines » dont nous disposons, comme la créativité, la capacité à collaborer à résoudre des problèmes et à innover, sont les atouts qui nous permettront d’exploiter les avancées technologiques et même de concevoir les solutions aux grands défis de demain.

Cela n’a peut-être l’air de rien, mais la conversation a clairement changé de braquet : il ne s’agit plus de savoir si les robots vont nous remplacer mais plutôt d’imaginer comment nous pouvons travailler mieux aux côtés des machines et comment les entreprises peuvent accompagner cette profonde mutation du travail. Aucun secteur, aucun pays et aucune entreprise n’est épargnée.

La nouvelle étude publiée par ManpowerGroup, « Humans Wanted : Robots Need You », permet de juger de l’impact de l’automatisation et de la robotisation dans les entreprises. Spoiler alert : dans ce contexte, 87% des employeurs à travers le monde prévoient d’augmenter leurs effectifs ou de les laisser inchangés. Ils sont 84% à envisager une montée en compétences de leurs collaborateurs dans les deux années qui viennent. C’est une progression de 21% par rapport à 2011. C’est dire si les temps changent !

L’accélération du rythme du changement est si manifeste, que nous devons passer dès maintenant du discours aux actes, pour faire advenir le progrès. Chaque année à Davos, nous sommes fiers de mettre en avant nos plus belles réussites en matière de montées en compétences et de reconversions ciblées sur des métiers à fort potentiel, à grande échelle et à grande vitesse. Quelques exemples me viennent en tête : dans l’industrie 4.0 ; dans le secteur de la conduite autonome en Europe ; en Inde, dans le secteur de la tech, avec des sessions de formation intensives de 40 jours destinées aux femmes ; aux États-Unis, des analystes financiers, hier gestionnaires de paie, qui ont doublé leur salaire. Et ce ne sont là que quelque unes des initiatives que nous menons sur le terrain chaque jour et qui font bouger les choses.

La technologie est là pour de bon. Notre responsabilité, en tant que dirigeants, est donc de tout mettre en œuvre pour faire advenir une collaboration fructueuse entre humains et machines. Nous le savons déjà, une société profondément divisée ne peut espérer prospérer sur le long terme. Les fruits de la mondialisation doivent donc être mieux redistribués. Notre mission est désormais de concourir à faire émerger une culture ancrée sur l’apprentissage et la construction des talents. Les PDG ou Chief Executive Officers, en anglais, doivent devenir des Chief Learning Officers et ainsi aider leurs collaborateurs à trouver leur place aux côtés des machines et à acquérir rapidement les compétences dont ils ont besoin. C’est ainsi qu’ils pourront se saisir des nouvelles opportunités ouvertes par les avancées technologiques, à mesure qu’elles transforment les marchés.

Ce futur, c’est à nous de le construire, rien n’est joué d’avance. Notre ingéniosité nous permettra de surmonter les obstacles et j’en suis intimement convaincu : les entreprises et les individus peuvent faire des machines leurs alliés. De cette collaboration harmonieuse émergera une société plus résiliente et plus juste, pour chacun d’entre nous.

 

Ce texte est une adaptation éditée d’une tribune initialement publiée sur LinkedIn, en anglais. L’original est consultable sur le profil de Jonas Prising.

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