Publié le 28 février 2014

La capacité à savoir échouer, nouvelle vertu cardinale dans la recherche d'emploi ? Alors que les jeunes entrepreneurs vont jusqu'à se rencontrer dans des Fuck Up Nights pour partager leurs échecs, les recruteurs semblent également de plus en plus se tourner vers ces profils aptes à "rater avec grâce".

Successful losers

Failing is the Key to SuccessC'est ce qu'écrit l'éditorialiste et spécialiste de la question Megan McArdle, selon qui "des références en or ne sont pas la garantie du succès". La raison ? L'habitude du succès "facile" et la permanence dans sa zone de confort ne prépareraient pas suffisamment au monde du travail.

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Pour la sociologue Brené Brown, un "inconfortable sentiment de vulnérabilité" est aujourd'hui nécessaire pour faire du "bon travail". Une vulnérabilité qui s'exprime parfois dans un trop-plein de perfectionnisme : la procrastination, tendance à tout remettre au lendemain, réaction d'auto-défense et d'inhibition face à la performance et la perspective de l'accomplissement d'une tâche.

Une autre raison, plus fondamentale, tiendrait à l'évolution même du monde du travail, de plus en plus "déstructuré". Entendre, faisant de plus en plus appel à l'autonomie, entre un management plus horizontal, une entreprise appelée à être de plus en plus décloisonnée et la nature même des fonctions allant en se complexifiant et se recomposant en permanence. La "transformation numérique",  enjeu d'actualité pour les entreprises qui sont en voie de répercuter les conséquences de la révolution numérique dans leurs business models et leurs organisations, nécessite ainsi la "remise en question permanente" et pousse à renouveler les équipes et à "recruter des gens bizarres", explique Marie-Laure Sauty de Chalon, directrice générale d'Auféminin.com.

Tumblr-procrastination

Gif animé issu d'un mini-site Tumblr, "le" réseau social de la procrastination

Google ne veut pas recruter de "jeunes diplômés brillants"

Google montre-t-il la voie ? Laszlo Bock, "l'homme en charge du recrutement de l'une des entreprises les plus puissantes du monde", évoquait récemment les bonnes pratiques de recrutement du géant californien... avec quelques surprises : "Le GPA ("grade point average", calcul des notes de tout ou partie de la scolarité, ndlr) est un critère de recrutement sans valeur", affirme le recruteur, qui pestait l'an dernier contre le trop grand bruit fait autour du Big Data dans le recrutement.

Notant qu'à Google, "la proportion de gens sans diplôme universitaire a augmenté avec le temps", Laszlo Bock dessine un avenir du recrutement où, loin des algorithmes, les références et les qualifications ne sont pas gages de succès. L'entreprise dispose de trois critères-clés pour assurer un bon recrutement :

  • Plus que le QI et même l'expertise, les capacités cognitives telles que la capacité à apprendre et la curiosité
  • Le leadership, mais un leadership moderne, dit "leadership émergent", qui correspond à la capacité critique à savoir "prendre le lead" mais aussi, lorsqu'il le faut, renoncer au pouvoir
  • L'humilité et la maîtrise de soi, notamment l'humilité intellectuelle et une attitude collective de "problem-solving"

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À Google ou ailleurs, "le leadership, la collaboration, l'adaptabilité et le goût pour l'apprentissage... et encore l'apprentissage" sont ce qui importe aux recruteurs, conclut le New York Times, bien plus que le nom d'une grande école sur son CV. Pas (encore ?) de révolution, cependant : comme l'affirme une très récente enquête du Pew Research Center américain, le diplôme reste dans une large mesure un déterminant de l'insertion professionnelle :

Diplôme-emploi

 

> Crédit image insunlight/flickr (licence CC)
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