Publié le 16 septembre 2015

Décloisonner la R&D, favoriser les échanges et la coopération, s'ouvrir à une dynamique entrepreneuriale... L'open innovation - innovation ouverte ou innovation distribuée - est une révolution dans le monde de l'entreprise et pousse les acteurs du marché à repenser leurs schémas organisationnels et à redéfinir le rôle des RH. Vous prenez le train en marche ? Petit cours de rattrapage.

> Lire aussi : Open innovation : 4 défis RH pour changer la culture de l’entreprise

#OpenInno : au-delà du buzzword, une véritable transformation de l'entreprise

Dans un environnement ultra-concurrentiel où le time to market est toujours plus court, où la mobilité est toujours plus importante et où les compétences techniques atteignent des niveaux toujours plus pointus, l'innovation est un facteur de croissance déterminant... Or, pour innover, les entreprises ne peuvent plus uniquement se reposer sur leurs ressources internes.

C'est en 2003 que Henry Chesbrough, théoricien des organisations et professeur à la Haas School of Business de Berkeley, est le premier à parler d'open innovation. L'idée ? Établir une distinction entre :

  • Une innovation fermée, confinée dans l'entreprise et placée sous le sceau du secret industriel
  • Une innovation ouverte, davantage basée sur le partage et la coopération.

Mais dans le second cas, cette ouverture vers l'extérieur recouvre des réalités variées.

L'open innovation inside-out 

Elle consiste à partager, louer ou vendre des éléments de propriété intellectuelle de l'entreprise (brevets, licences, contributions publiques... )  pour qu'ils soient employés ailleurs. Un exemple ? Toyota a récemment partagé 5 000 brevets sur une pile à combustible permettant de  propulser un véhicule grâce à une réaction chimique entre air et hydrogène. En partageant ses avancées avec ses concurrents, le constructeur espère ainsi permettre à sa technologie de s'implanter plus rapidement.

L'open innovation outside-in

C'est le recours à des compétences, ou technologies, externes pour réduire les dépenses et risques liés à la R&D. Cela consiste à se connecter avec l'écosystème pour, en quelque sorte, profiter du dynamisme entrepreneurial ambiant. Il peut par exemple d'agir :

  • des salariés appartenant à des départements autres que celui de l'innovation ou de la R&D par le biais d'outils collaboratifs (réseaux sociaux d'entreprise, portails participatifs...) ou de séances de brainstorming
  • des clients : sollicitations via les réseaux sociaux,  soumission d'idées, concours... sur le modèle des plateformes digitales de Starbucks ou Dell
  • des start-ups ou laboratoires via des partenariats ou des programmes d'incubation, d'accélération ou de financement (corporate venturing) ou à travers un "facilitateur" comme le NUMA
  • des fournisseurs, dans le secteur automobile, on assiste ainsi à un éclatement de la chaîne de l'innovation, les fournisseurs étant de mieux en mieux positionnés sur la R&D
  • des concurrents, par exemple à travers une association pour un projet de recherche spécifique comme l'ont déjà fait les PME Clipsol et Jacques Giordano Industries sur le marché du panneau solaire thermique...

Des éditeurs de logiciel aux grands groupes industriels

Initiée par les géants américains de l'informatique comme Oracle, Google, Microsoft, Intel ou encore Apple, chez qui les notions d'écosystème, d'API (interfaces de programmation) et de SDK (kits de développement logiciel) sont primordiales, en France, l'open innovation a d'abord séduit les opérateurs télécom. Elle s'est matérialisée sous la forme de programmes d'incubation et de financement en amorçage comme Orange Fab ou SFR Jeunes Talents Start-up. Les grands groupes, de Renault à BNP en passant par TF1, SNCF, La Poste ou Total, ont suivi le mouvement, popularisant le terme dans les milieux entrepreneuriaux et financiers.

Au final, depuis plusieurs mois, l'open innovation connait une évolution aussi rapide que les intérêts économiques qu'elle est susceptible de générer. La question pour les entreprises n'est donc plus de savoir s'il faut ou non se lancer  mais plutôt de définir les stratégies et les leviers à adopter pour optimiser les modèles collaboratifs.

Alors, quel impact pour la DRH ?

Passer d’une culture d'entreprise fermée à une culture plus ouverte implique la multiplication des interactions avec l'écosystème... Et la nécessité d'engager une réflexion poussée sur plusieurs problématiques directement liées aux ressources humaines :

  • Comment créer un environnement favorable à l'échange et à la création ? Quelle organisation, quels outils mettre en place ?
  • Comment préserver l'identité et l'ADN de l'entreprise quand ses frontières deviennent de plus en plus perméables ?  
  • Comment gérer les compétences internes et y associer les compétences venues de l'externe ?
  • Comment anticiper l'émergence de nouveaux besoins et accompagner l'évolution nécessaire du rôle de manager ?

Aujourd'hui, les ressources humaines ont un rôle clé dans la mise en place d'un programme d'open innovation puisque ce sont elles qui sont les mieux placées pour mobiliser les potentiels internes !

Crédit image : Ervins Strauhmanis

 
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