Publié le 9 janvier 2014

Oui, les jeunes souffrent plus de la crise que les autres

L'INSEE, qui a comparé dans une étude l'entrée sur le marché du travail de plusieurs cohortes de jeunes à la sortie de leur cursus scolaire entre 1982 et 2010, note que la récente crise a davantage touché ceux qui cherchaient un premier emploi que les autres :

"En France, le taux de chômage des jeunes entrants (1 à 4 ans d’expérience) a considérablement augmenté entre 2007 et 2011, de 3,1 points de pourcentage, tandis que le taux de chômage des travailleurs ayant plus de 10 ans d’expérience a augmenté de 1,0 point de pourcentage."

Qu'il s'agisse de l'après 2008 ou des périodes de forte augmentation de chômage (1983-1986, 1993-1999), c'est ainsi davantage sur les jeunes que sur les autres que l'impact se fait ressentir, et "davantage en termes de taux d'emploi que de salaires", explique l'INSEE "surreprésentés parmi les candidats à l’emploi, les jeunes sont plus sensibles à une dégradation de la conjoncture".

Chômage des jeunes France - Allemagne

Non, entrer sur un marché du travail en crise ne pénalise pas les jeunes sur le long terme

Néanmoins, même si ils existent, ces contrastes générationnels "sont moins marqués en France que dans la plupart des autres pays", nuance l'INSEE : en France, les jeunes seraient moins qu'ailleurs un public particulièrement fragile en période de crise.

Plus encore, et c'est le principal apport de cette nouvelle étude, il n'y aurait pas d'"effet cicatrice" en France. Cet effet, équivalant à une double peine (plus on reste éloigné de l'emploi longtemps, plus il sera difficile d'en retrouver), ne serait pas observable dans tous les pays de la même manière. Et, d'une manière générale, "la perte d’emploi serait ainsi moins pénalisante en France qu’aux États‑Unis". Selon les résultats de l'étude :

"À court‑terme, la pénalisation des cohortes malchanceuses se manifeste surtout en termes de taux d’emploi, davantage que de salaire perçu par ceux qui trouvent un emploi. Après 4 ans, l'ensemble de ces différences s’estompent et les trajectoires convergent."

L'impact d'une mauvaise conjoncture n'aurait ainsi pas d'"effet stigmatisant durable" sur les dynamiques de carrière et l'insertion professionnelle à moyen ou long terme. Tant sur l'emploi, où le "rattrapage" aurait lieu au bout de 3 ans, qu'en termes de salaires, où les femmes "malchanceuses" - entrées sur un marché du travail déprimé -, mettraient 6 ans à combler leur retard salarial. Les hommes, eux, ne seraient pas affectés du tout en termes de salaires.

Cette absence de fatalité serait particulièrement vraie en France du fait d'un taux de chômage élevé depuis plus de 30 ans, ce qui aurait habitué les employeurs à ne pas percevoir le chômage comme un "signal de moindre employabilité". Autre raison invoquée par l'INSEE : "le chômage des jeunes est plutôt composé de périodes courtes et répétées, ce qui peut expliquer que l’éventuelle perte d’employabilité consécutive soit plus faible qu’en cas de chômage de longue durée".

L'étude ne porte toutefois pas sur le sort professionnel des générations entrant actuellement sur le marché du travail. Et si l'INSEE n'évoque pas de "génération sacrifiée", l'institut rappelle aussi que les conditions "sont bien plus dégradées que lors des cycles précédents". Avec une durée moyenne du chômage record (508 jours en novembre 2013), l'éloignement de l'emploi s'allonge, et avec lui le risque d'un impact à plus long terme de la crise...

> Crédit image : Chris Devers/Flickr (licence CC)
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