Publié le 10 novembre 2011
  • Comment améliorer la présence des femmes pour les métiers de l'informatique?
  • Le fort turnover subi par les SSII est-il réellement un mal ?
  • Quelle place pour les seniors dans ces métiers de l'innovation?
  • Comment appréhender les différences culturelles dans la gestion des ressources humaines d’un groupe à dimension planétaire?

Interrogé par l’Atelier de l’Emploi TV, Jean-Marie Simon, Vice-président du groupe ATOS en charge des ressources humaines au niveau mondial, revient sur ces problématiques et décrit les solutions mises en œuvre par son groupe.

Le turn-over peut être une force

ATOS, acteur majeur des services informatiques, fait face au fort turnover à l’œuvre dans son secteur d’activité. Malgré cela, et à rebours d’une idée largement répandue, Jean-Marc Simon considère tout d’abord que « la génération Y est moins volatile que la précédente » car elle souhaiterait avant tout « s’épanouir dans l’entreprise ».

Surtout, Jean-Marc Simon se montre très positif :

  • Le turn-over peut être une force.
    Certes, une mobilité trop forte peut dégrader la performance. Mais le recrutement régulier de jeunes diplômés est un atout tant ces jeunes actifs apportent par leur dynamisme, leurs compétences nouvelles et leur fort intérêt pour la profession.
  • L’investissement dans un jeune n’est jamais perdu car il soutient la marque employeur.
    Plutôt que de considérer l’investissement «à perte » que représenterait le départ d’un jeune formé par Atos, il estime que ce dernier, ayant vécu une expérience enrichissante au cours de laquelle il aura appris, innové et évolué au sein d’équipes dynamiques, sera un bon ambassadeur de la « marque employeur » d’Atos.

Agir dès le plus jeune âge pour lutter contre la pénurie de talents féminins dans l’informatique

 

Les jeunes femmes se détournent des études d’informatique

Au début des années 80, l’informatique était le domaine le plus féminisé des écoles ingénieurs et, il y a dix ans seulement, les écoles spécialisées comptaient entre 30 et 40% de femmes dans leurs promotions. Les temps ont changé : les femmes représentent désormais moins de 10% des étudiants dans les écoles d’informatique.

Mutationnelles 2011L’informatique constituerait même la seule discipline scientifique a avoir enregistré une très forte chute de la proportion de jeunes femmes selon la spécialiste Isabelle Collet. Une affirmation corroborée par le directeur de l’école Epitech qui, dans un article de ZDNET, indiquait que « la situation s’aggrave toujours ».

Le résultat est que, comme le montre l’étude Mutationnelles de 2011,

« la filière des Services et Technologies de l’Information et de la Communication, bien qu’étant parmi les plus porteuses en termes d’emplois, attire moins de candidates qu’il y a trois ans : -5% d’effectifs de femmes formés entre 2007 et 2010. »

Une pénurie de talents qui inquiète

L’enjeu est de taille, à l’époque d’une pénurie de talents qui sévit aussi dans ce domaine pourtant porteur. On estime en effet que l’Europe devrait manquer de quelques 70 000 spécialistes en 2015. Alors que, rien qu’en France, les créations nettes d’emploi de ce secteur sont d’environ 10 000 par an, la sous-représentation des femmes constitue donc un réel souci, que résumait bien le directeur d’Epitech (dans l’article de ZDNET précité):

« Nous ne pouvons pas nous priver de 50% des talents dans un métier d’avenir comme le nôtre. Et c’est d’autant plus dommage que les entreprises recherchent activement des femmes, notamment les SSII qui ont bien compris les bénéfices résultant de la constitution d’équipes mixtes. »

Les métiers de l’informatique ont pourtant de nombreux arguments à faire valoir, comme le montre l’étude Mutationnelles précitée :

  • c’est dans ces fonctions que la différence de salaires entre les femmes et les hommes est la plus faible en France (- 8%) ;
  • c’est dans le secteur du numérique que l’employabilité des femmes ingénieures est la meilleure, avec moins de 5% de femmes en recherche d’emploi du côté des SSII ou de la fabrication de matériel informatique.

Dans ce contexte, comment comprendre une si faible attractivité des métiers informatiques pour les jeunes femmes ? Il ne semble y avoir aucune raison intrinsèque aux métiers informatiques ou à leurs conditions d’exercice justifiant une telle surreprésentation masculine. Dans des pays asiatiques comme la Malaisie, les femmes sont même plus nombreuses que les hommes dans les écoles et les fonctions informatiques.

La faible attractivité du secteur informatique, une question d’image avant tout

Comme l’indique Jean-Marie Simon, il semble que les sous-effectifs féminins dans les études informatiques sont conjoncturels et liés avant tout à l’image du secteur. Dans sa thèse sur « la masculinisation des études d’informatique :  savoir, pouvoir et genre », Isabelle Collet a ainsi montré que ce sont avant tout les représentations qui sont en cause ; pour inverser la tendance, il serait donc « déterminant de mieux faire connaître les métiers des TIC à toutes les étapes de l’orientation scolaire. ». Dans un récent billet de blog, Françoise Gri (présidente de Manpower France et de ManpowerGroup Europe du Sud et ancienne PDG d’IBM France) avançait le même type d’explication :

« Bien souvent, je trouve que les termes utilisés pour décrire cette branche, la variété, l’évolution et la richesse de ses métiers sont restrictifs, étroits, abscons. Bref, pas attrayants, pas vendeurs et surtout ne reflétant pas la réalité des enjeux de ces métiers. »

C'est pourquoi l’étude Mutationnelles de 2011 estime que « face à cette inadéquation de l’orientation professionnelle des jeunes femmes avec le marché de l’emploi des ingénieures, une meilleure information en amont sur les opportunités de métier et d’emploi est cruciale. »

C’est donc sur le terrain de l’image et de l’information que les acteurs du secteur numérique semblent ont décidé de mener la guerre à la désaffection des femmes pour leurs métiers. Atos développe - à l’instar du Syntec numérique - des campagnes de promotion des métiers de l’informatique et de l’ingénierie auprès des lycéennes et de leurs parents alors que bien d’autres initiatives se sont développées - comme, par exemple :

>>> Retrouvez toutes les vidéos de l'Atelier de l'Emploi TV : témoignages de DRH de grands groupes sur les nouveaux enjeux de la gestion des ressources humaines.

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