Publié le 15 novembre 2016

ENTRETIEN. Cette année encore, les métiers de l’informatique figurent dans le Top 10 des métiers les plus difficiles à pourvoir en France. Paradoxalement, le chômage a encore augmenté dans ce secteur en 2016. Une situation qui risque de freiner les processus de transition numérique dans les entreprises. Pour la comprendre, nous nous sommes entretenus avec Stéphane Clément, PDG de Proservia.

Chaque année, ManpowerGroup publie les résultats de son enquête annuelle sur la Pénurie de Talents menée dans 43 pays. En France, les difficultés de recrutement persistent pour 23% des chefs d’entreprise interrogés.

En 2016, l’un des enseignements de l’enquête est que les métiers de l’informatique gagnent une place dans le Top des postes les plus difficiles à pourvoir, passant de la 8e à la 7e position. Comment expliquer cette tendance ? Comment y remédier ? Entretien avec Stéphane Clément, PDG de Proservia, entreprise de services du numérique de ManpowerGroup spécialisée dans les métiers du end user support et du workplace management.

En 2016, les métiers de l’informatique figurent dans le Top 10 des métiers les plus difficiles à pourvoir, un constat problématique à l’heure de la transformation numérique des entreprises. Comment l’expliquez-vous ?

Pour moi, il y a 3 grandes raisons qui expliquent cette difficulté.

La première est évidente : c’est l’importance des besoins ! Aujourd’hui, notre monde est plus que jamais régi par l’informatique, et ce sont des hommes et des femmes qui font tourner toutes ces infrastructures. Nous sommes sur un secteur qui recrute beaucoup. Et la formation initiale est mécaniquement insuffisante pour répondre à la demande.

La deuxième raison, c’est le manque de valorisation du métier. Quand vous demandez à des 12-18 ans ce qu’ils rêvent de faire plus tard, presqu’aucun ne vous répond : « L’informatique ! » C’est dommage… et le problème de l’attractivité de ces métiers est complexe. Certes, cela s’est beaucoup développé ces dernières années, notamment avec la création de l’école 42 qui comble un manque criant d’établissement de formations initiales. Mais c’est tout de même un secteur qui a un peu perdu de son attrait. Avant, c’était un métier de passionnés, aujourd’hui, il s’est un peu banalisé, pour toute cette génération née avec un smartphone dans la main. C’est aussi un secteur qui a une image très masculine, qui décourage parfois les jeunes femmes qui voudraient s’y lancer.

La troisième raison, c’est que les besoins technologiques des entreprises évoluent… et de plus en plus vite ! Malheureusement, une part de la population dans ces métiers n’a pas été formée pour se doter des compétences recherchées par les entreprises actuellement. Un constat d’autant plus problématique qu’aujourd’hui, ce ne sont pas des « métiers » qui sont en tension, mais des technologies. Si vous exploitez d’anciens systèmes sans avoir été formé à autre chose, il sera difficile de vous rendre réemployable... Sans parler des nombreuses nouvelles technologies de la cybersécurité, de la mobilité, des objets connectés… pour lesquelles on ne forme pas assez de gens alors que les besoins sont là et croissent très vite !

Comment expliquer la coexistence de cette pénurie de talent… et du chômage dans l’informatique, qui repart à la hausse depuis plusieurs mois ?

Une partie du vivier d’informaticiens existants ne répond plus aux besoins des entreprises. Ce sont très souvent des professionnels plus seniors qui se retrouvent en situation difficile : ils n’ont pas nécessairement suivi les cursus de formation nécessaires durant les 25 dernières années pour s’adapter au fur et à mesure aux nouvelles technologies. Ces profils se retrouvent alors avec un déficit d’employabilité – en décalage parfois profond avec le marché.

Les personnes qui auront le bon profil, les bonnes compétences auront toujours leur place, malgré la transformation de nos métiers !

Quelles solutions pour fluidifier le recrutement sur ces postes et garantir l’adéquation entre offre et demande ?

Le plus important, c’est d’entretenir l’employabilité des collaborateurs déjà en poste : aujourd’hui, la plupart des DSI vous disent : « J’ai 100 personnes en poste, et demain je n’en aurai besoin que de 50… et pas des mêmes. » C’est ça, la transformation digitale ! Beaucoup de nouvelles technologies tendent à réduire le besoin de collaborateurs en interne, il faut le prendre en compte – tout en mettant à jour continuellement les compétences des personnes en poste pour garantir leur employabilité demain. Il faut donc plus de formations, et des formations régulières, ciblées pour répondre aux nouvelles attentes comme aux nouveaux enjeux des entreprises.

Mais attention ! Il ne s’agit pas de ne mettre en place que des formations aux technologies car, sur ce point, le niveau des nouveaux arrivants est déjà très bon. Non, pour se distinguer, il faut aujourd’hui développer d’autres talents : nous le constatons dans notre métier, nous avons de plus en plus souvent à chercher des profils disposant d’une double compétence : l’informatique, d’une part, mais aussi la connaissance du métier-client. Pourquoi ? Tout simplement parce que la transformation digitale affecte les métiers et le business de nos clients, et qu’ils sont en recherche de personnes capables de comprendre leurs enjeux et d’y trouver les réponses informatiques adéquates. Cela peut aller encore plus loin : nous cherchons de plus en plus de personnes à même de gérer la conduite du changement, qui savent accompagner les usages des technologies et leur appropriation par des équipes.

En somme, l’informatique n’est plus seulement un métier, c’est une somme de compétences qui est recherchée… en plus d’autres. Elle doit s’allier à un savoir-être, à une capacité à s’intégrer dans des équipes pour les aider à mener une transformation, ou tout simplement à gérer un projet numérique. C’est de ça dont ont besoin les entreprises. L’école 42 le prend vraiment en compte, grâce à une formation en mode projet qui prépare réellement au travail en entreprise, et pas juste à la maîtrise des technologies !

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A propos de Proservia
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