Publié le 24 février 2012

En définitive, la crise financière n’est-elle pas l’antichambre des transformations en cours et à venir ? Les entreprises britanniques, françaises et surtout allemandes ont, en effet, conservé plus de personnel que lors des crises précédentes – en échange, dans le cas allemand, de mesures de réduction du temps de travail, d’un gel ou d’une réduction des salaires. C’est ce modèle que cherche à développer en France le gouvernement en tentant d’introduire les « accords compétitivité-emploi ». Les propositions de l’Institut de l’entreprise, qui prône une « flexibilité responsable », vont aussi dans ce sens.

La préfiguration de relations de travail plus « mûres »? Chaque partie peut en effet trouver son intérêt dans ces évolutions, sous certaines conditions :

  • Les entreprises ont besoin d’une main-d’œuvre de qualité, autonome et motivée, au bon moment et bon endroit. Cela implique de disposer d’organisations du travail plus flexibles que par le passé et de salariés faisant également preuve de davantage de souplesse.
  • Les salariés sont également demandeurs de davantage de liberté et d’autonomie : ils cherchent non seulement à donner un sens à leur travail mais se préoccupent également de plus en plus du développement de leurs compétences, condition sine qua non de leur employabilité.

Le syndicalisme s’étiole

Cette évolution se traduit par une multiplication des postes dans le management ou le conseil, tandis que la demande en emplois manuels ou peu qualifiés décroît.  L’emploi est aussi de plus en plus “flexible” : temps partiels et contrats temporaires se développent malgré la relative stabilité du CDI. Les collectifs de travail traditionnels, hérités de l’époque industrielle, sont bousculés. Le syndicalisme s’étiole.

Alors que la situation des salariés peu ou pas qualifies se dégrade et que les relations de travail « s’atomisent » (avec la croissance du nombre d’indépendants et du travail sur des projets de court terme en particulier), de nouveaux besoins d’intermédiation se font jour.

Les agences d’emploi ou les réseaux d’ancien pour prendre le relais ?

Selon Denis Pennel, de la Ciett (Confédération internationale des agences d’emploi), les agences d’emploi pourraient prendre le relais des syndicats en se focalisant sur le service aux individus plutôt que sur la négociation quant aux conditions de travail. Options alternatives, d’après Brian Groom : les associations d’anciens élèves ou des entreprises, comme Elance ou oDesk, spécialisées dans l’emploi de freelances en mode projet.

Selon Denis Pennel, le monde va se diviser entre des mega-entreprises et des réseaux d’indépendants, éventuellement réunis dans des « espaces flexibles » tels que ceux proposés par des entreprises comme The HubRegus ou dans les espaces de coworking qui essaiment de par le monde. Ainsi, tout reste encore à inventer dans la représentation des « nouveaux salariés ».

Le sujet est fondamental. Car, avec le retrait de l’Etat-providence et des syndicats, il devient indispensable que de nouveaux intermédiaires émergent. On peut ainsi imaginer, avec Denis Pennel, qu’ils devront jouer un rôle analogue à celui des guildes médiévales, fournissant notamment un appui à la recherche d’emploi et aidant les salariés à maintenir en permanence un niveau d’employabilité compatible avec les exigences du marché. Autre nom donné par certains économistes à ces intermédiaires d’un type nouveau : les « marchés transitionnels du travail ».

Condition indispensable à la réalisation de cette prédiction, au cœur de tous les projets de « flexisécurité » : la portabilité de droits des salariés, aujourd’hui attachés à un employeur particulier. De leur côté, les entreprises vont devoir trouver de nouveaux moyens de fidélisation alors que la relation avec leurs forces vives devient moins directe qu’avant.

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