Mains

Emplois non pourvus : les chiffres d’une urgence nationale

En 2012, près de 600 000 emplois ont mis au moins 3 mois à être pourvus, quand 400 000 projets de recrutement finissent chaque année par être abandonnés.

Lors de la publication des chiffres du chômage de l’été, Alain Roumilhac, le Président de ManpowerGroup France, lançait un appel à la prudence et définissait une “urgence nationale” :

“Il est important de former les candidats en partant du besoin de l’entreprise. Ces fameux emplois non-pourvus ne sont pas un mythe.

Le Conseil d’orientation pour l’emploi, organe placé auprès du Premier ministre, vient d’adopter un rapport (pdf) qui confirme cette réalité, et donne de l’eau au moulin à ceux qui jugent le marché du travail pas toujours capable de faire coïncider les offres d’emploi et les compétences des demandeurs d’emploi.

Le recrutement, un procédé difficile

Bonne nouvelle ?

Pénuries de talents 2013 : tous les résultats de l'enquête

Dans quels secteurs les employeurs rencontrent-ils les plus grandes pénuries de talents ? En font-ils assez pour lutter contre ?

Lire la suite +
Dans de nombreux secteurs et de nombreux territoires, de nombreuses offres d’emploi demeurent insatisfaites, durablement vacantes ou finalement abandonnées. C’est finalement une bonne nouvelle, puisque cette mécanique mal huilée signifie aussi que de nombreux employeurs cherchent à recruter !

Encore faut-il se doter d’outils qui permettent de dénombrer finement les besoins en compétences des entreprises, en les étudiant au plus près des bassins d’emploi et de chaque filière. Des enquêtes, études et analyses existent déjà : l’enquête BMO de Pôle emploi (qui ne concerne que les offres déposées à Pôle emploi), l’observatoire Tendance Emploi Compétences du Medef, l’enquête Ofer de 2005 et l’enquête mondiale Pénuries de talents de ManpowerGroup, tous cités par le COE.

Difficultés de recrutement

Les métiers qui peinent le plus à recruter

Le top 10, en quantité, selon le COE :

  • Aides à domicile ;
  • Serveurs de cafés ;
  • Professionnels de l’animation ;
  • Employés de cuisine ;
  • Viticulteurs ;
  • Agents d’entretien ;
  • Agriculteurs ;
  • Ingénieurs et cadres d’études, R&D, chefs de projets informatiques ;
  • Cuisiniers ;
  • Aides-soignants.

Si l’on effectue un top 10 cette fois en proportions (les taux de projets de recrutements jugés difficiles les plus élevés), les dentistes, tuyauteurs et ouvriers du textile sont sur le podium, mais le classement fait aussi la part belle aux régleurs, chaudronniers, tôliers, ouvriers qualifiés dans le métal ou les industries graphiques, dessinateurs, agents de maîtrises… ou, encore, les ingénieurs dans l’informatique. L’hôtellerie-restauration, connue pour être un secteur “en tension”, est donc loin d’être seule !

Les chiffres clés

  • Au moins 400 000 recrutements abandonnés chaque année faute de candidat (calcul COE) ;
  • 570 000 emplois “durablement vacants” en 2012, c’est-à-dire pourvus dans un délai supérieur à 3 mois (calcul COE) ;
  • 40% de recrutements à venir anticipés comme difficiles (BMO) ;
  • 33 % des employeurs ayant des difficultés de recrutement du fait de pénuries de talents ( Pénuries de talents 2013) ;

3 causes majeures (COE)

- des métiers peu attractifs (horaires et conditions de travail difficiles, ou manque de communication auprès de candidats potentiellement intéressés) ;

- le manque de fluidité du marché du travail (mobilité insuffisante, cloisonnements et mauvaise circulation de l’information) ;

- l’inadéquation des compétences et les pénuries de candidats, cause la plus structurelle, selon le COE.

3 pistes d’amélioration

- améliorer la connaissance statistique des emplois “vacants” et orienter l’action des acteurs de l’emploi en fonction ;

- lutter contre les difficultés de recrutement (en encourageant les entreprises à anticiper leurs besoins en compétences et à diversifier leurs recrutements; en proposant des offres de formation plus réactive) ;

- engager des pistes concrètes pour faire face à l’urgence.

Sur ce dernier point, le gouvernement a récemment agi, avec ce qui ressemble à une petite révolutionle plan de formations prioritaires pour l’emploi formera avant la fin 2013 30 000 demandeurs d’emploi à des métiers qui recrutent “à court ou moyen terme” mais ne trouvent pas de candidats. Partir des besoins des entreprises… pourquoi les entreprises elles-mêmes ne prendraient-elles pas les devants ?

> Voir le cas de Pen Breizh, 500 emplois pour la Bretagne numérique.

Crédit image : Nicola Corboy/Flickr (licence CC)