Publié le 17 novembre 2011

En pleine semaine pour l’emploi des personnes handicapées (SEPH), l’Atelier de l’Emploi dresse un bilan de l’insertion professionnelle de cette population fragile. Le constat est sans appel : la tendance est mauvaise malgré les efforts des entreprises et l’amélioration du regard porté sur le handicap. La cause : des qualifications inadaptées, liées aux dysfonctionnements du système éducatif pour les jeunes et, pour les moins jeunes, à la difficulté des reconversions ainsi qu’aux insuffisances de la formation vers des métiers en tension compatibles avec leur handicap.

Accès à l’emploi des personnes handicapées : une "progression en trompe-l’œil"

Le chômage des personnes handicapées a augmenté deux fois plus vite que celui de l’ensemble de la population en 2010 (+ 11%), s’inquiétait le dernier rapport annuel de l’Association nationale pour la gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) ; une inquiétude d’autant plus grande qu’il avait augmenté moins vite que celui de l’ensemble de la population active en 2009.
L’Agefiph tirait également la sonnette d’alarme sur la grande fragilité de cette population en matière de chômage de longue durée : plus de la moitié (53%) des personnes handicapées en situation de chômage sont inscrites à Pôle emploi depuis plus d’un an et près d’un tiers (30%) le sont depuis plus de deux ans; au total et en moyenne, un demandeur d’emploi handicapé est inscrit pendant 21 mois à Pôle emploi – contre 14 mois pour l’ensemble des demandeurs d’emploi.

Emploi-Handicap_Evolution à fin décembre 2010

Source : Agefiph, rapport annuel 2010

Le bilan de l’emploi des personnes handicapées dans le secteur privé en 2009, tout récemment publié par le ministère du Travail, n’est pas plus brillant.Certes, le nombre d’établissements employant directement au moins un travailleur handicapé n’a cessé de croître depuis l’entrée en vigueur de la loi du 11 février 2005 et a fortement augmenté en 2009, pour atteindre 65 % des établissements de 20 salariés ou plus -cette proportion attegnant même 95% dans les grandes structures. Mais, comme le souligne Marc Landré, il s’agit d’une « progression en trompe l'œil », issue "pour une bonne moitié" d’unemodification du décompte des bénéficiaires : "à champ constant", la réalité est celle d’une régression (de 0,1 point) par rapport à 2008.

On peut se réjouir du fait que la part des CDI ait peu régressé dans les embauches de personnes handicapées (42%, contre 48% en 2008). Mais, alors que la loi impose aux entreprises concernées d'employer 6% de personnes handicapées, le compte n’est pas bon.

Handicap_Part des salariés handicapés dans l'emploi - ETP selon secteur d'activité

Pourtant, le cadre normatif est de plus en plus strict et la perception du handicap s’améliore

Depuis 1987, les entreprises de plus de 20 salariés sont tenues à une obligation d’emploi d’au moins 6 % de personnes handicapées. La loi handicap du 11 février 2005 réaffirme cette obligation et l’étend à de nouvelles catégories de personnes handicapées. Si elle mise sur l’incitation des employeurs, elle a néanmoins renforcé en les sanctions financières. Par ailleurs, elle a créé une obligation pour les partenaires sociaux de négocier l’emploi des travailleurs handicapés : au niveau des branches tous les trois ans et dans les entreprises tous les ans.

Au-delà des normes, la loi a contribué à faire évoluer les esprits. Agnès Caron, responsable du dispositif handicap au sein du Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ), soulignait ainsi dans une interview récente que la perception s’améliore :

  • Les missions handicap se multiplient au sein des entreprises, dans tous les secteurs d’activité, et celles-ci « renforcent leur politique d’intégration et de maintien des travailleurs handicapés. Elles signent des conventions et des accords d’entreprise et s’engagent à recruter notamment des jeunes en contrat d’alternance, avec pour certaines, des possibilités d’embauche à l’issue de la formation. »
  • Les salariés sont de mieux en mieux sensibilisés à la question du handicap : 1/3 déclare avoir changé de regard sur le handicap au cours des trois dernières années, selon un baromètre récent réalisé par l'IFOP pour Handi-partage.

Le problème de fonds : une qualification insuffisante des personnes handicapées

Source : L'Entreprise.com

Certaines entreprises en témoignent : la contrainte  peut se transformer en opportunité. Alors, pourquoi l’accès à l’emploi des personnes handicapées évolue-t-il de manière si médiocre ? Marc Landré avance que "la reprise d'un emploi peut parfois être lourde (en frais et en organisation). Conséquence : il peut ne pas être rentable pour une personne handicapée de travailler". Surtout, les acteurs et experts semblent s’accorder sur un problème de fonds : l’inadéquation des compétences par rapport aux besoins des employeurs.

Plusieurs responsables interrogés récemment par L’Etudiant avancent que le faible taux d'emploi des personnes handicapées est lié à la pénurie de candidats qualifiés sur le marché du travail : "la tension s'est accrue, car les entreprises s'arrachent les jeunes en situation de handicap", à tel point que la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) a dû rappeler dans une délibération de juin 2010, que la discrimination positive est interdite.

Selon l’Agefiph, les demandeurs d’emploi handicapés, dont plus d’un tiers (37%) sont âgés de 50 ans et plus, sont mal orientés et privilégient, dans leurs recherches, « des métiers à forte concurrence, dans lesquels ils présentent des déficits importants en termes de niveau de formation et de qualification ». Les travailleurs handicapés âgés, dont le handicap est généralement apparu au cours de la vie professionnelle (85 % des travailleurs handicapés ne le sont pas depuis l’enfance, mais à la suite d’un accident du travail ou d’un accident de la vie), doivent donc être aidés à se réorienter et à se former vers des métiers en tension compatibles avec leur handicap.

Pour les plus jeunes, Agnès Caron pointe les dysfonctionnements du système éducatif :

"Les jeunes handicapés ont en général un niveau de formation plus faible que les jeunes valides. En effet, comme leur parcours scolaire est plus ardu, ils en sortent la plupart du temps avec un niveau de qualification inférieur à la moyenne. Ce qui représente un frein considérable à leur insertion professionnelle. 80% des demandeurs d’emploi handicapés sont de niveau V (CAP) alors que les entreprises recherchent des profils de niveau bac +2."

A ce dernier sujet, de nombreux chantiers ont été lancés et doivent continuer à porter leurs fruits pour améliorer sensiblement la donne :

  • entre 2008 et 2010, le nombre de contrats d'alternance ayant fait l'objet d'une prime versée par l'Agefiph a augmenté de près de 70%, pour une majorité d’embauches en CDI au sein de l'entreprise d’accueil, et 80% des formations suivies se soldent par un diplôme ;
  • depuis 10 ans, le nombre de jeunes handicapés étudiant dans le supérieur a doublé, selon une étude de l’Insee : ils sont aujourd’hui 10 500, et ce nombre devrait encore augmenter avec une scolarisation « en milieu ordinaire » qui ne cesse de progresser.

Au-delà des compétences et de la qualification, l’accessibilité des lieux de travail pose également problème. Face aux coûts qu’elle peut représenter, dans les PME notamment, surtout en période de crise, le développement du télétravail pourrait soutenir une amélioration de l'emploi des personnes handicapées. Même si son insertion dans le Code du travail est programmée et si le gouvernement souhaite le développer, il reste de nombreux progrès à effectuer à ce niveau aussi.

 

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