Publié le 30 novembre 2015

EN DATA. Le chômage des plus de 50 ans continue de croître et les travailleurs les plus expérimentés font aujourd’hui face à 3 grands défis : longueur des périodes d’inactivité, mal-être au travail et discrimination.

Annoncés le jeudi 26 novembre 2015, les chiffres du chômage pour le mois d'octobre ont confirmé la baisse du chômage des jeunes pour le cinquième mois consécutif (-0,5%). En revanche, la situation des séniors tarde à montrer des signes d’améliorations réelles : en hausse de 0,8% en octobre, le chômage des plus de 50 ans a augmenté de +9,8% en un an.

Aujourd’hui, un demandeur d’emploi sur trois a plus de 50 ans. En 7 ans, le nombre de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans a doublé, passant de 423.000 en 2009 à 872.000 aujourd’hui. Le problème reste d’autant plus sensible qu’avec le recul de l’âge de la retraite effective depuis 2005, le nombre d’actifs âgés de 50 à 64 ans a fortement augmenté (+ 1,4 million), 180 000 de plus en 2015, selon l’Insee. Moral négatif, chômage de longue durée, plan sénior à l’arrêt, la situation de l’emploi est inquiétante et les plus de 50 ans se heurtent à des discriminations croissantes.

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Les plus de 50 ans, principales victimes du chômage de longue durée

Durant la crise, le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) a progressé en France, mais il reste encore en dessous de la moyenne : en 2012, 44.5 % des seniors étaient en emploi, contre 48 % en moyenne européenne et 54 % en moyenne de l’OCDE. Pour l’année 2014, les derniers chiffres de l’Insee tendent à indiquer une amélioration de la situation avec un taux à 47%, cependant c’est encore 4 points en dessous de la moyenne européenne qui atteint désormais 51%… Et la France reste loin derrière la Finlande, les Pays-Bas et la Suède qui culmine à 74% de séniors employés !

Le délai pour retrouver un emploi augmente lui aussi : il est d’environ 540 jours pour un senior (une hausse de 75 jours cette année). A titre de comparaison, c’est presque le double du temps moyen pour les 25-49 ans. Aujourd’hui, les plus de 50 ans représentent 31,6 % des chômeurs de longue durée (une augmentation de 8 points en cinq ans). Une des raisons de cette difficulté à retrouver un emploi tient notamment aux circonstances du départ : si les jeunes cadres quittent souvent l’entreprise après un CDD ou de leur propre chef, les cadres sans emploi de plus de 50 ans ont été bien plus fréquemment confrontés à un licenciement économique : « Plus l’âge des cadres sans emploi s’élève, plus les départs de leur entreprise revêtent un caractère subi », résume l’Apec. Chiffre significatif : seuls 3% des plus de 55 ans démissionnent...

Seuls 39% des 55 ans et plus se déclarent souvent heureux au travail

A contrario de leurs collègues européens, les quinquagénaires français ne s’épanouissent plus au travail. Ce constat est étayé par les chiffres du récent sondage Edenred-Ipsos : ils ne sont que 39% à se déclarer souvent heureux au travail.

Une grande majorité de ces salariés se situent donc dans une zone d’inconfort qui peut s’expliquer à plusieurs niveaux :

  • Peu de considérations de la part de la hiérarchie: 46% seulement s’estiment reconnus à leur juste valeur par leurs supérieurs. Un score bien en dessous de la moyenne européenne qui est de 70%.
  • Pas assez de mentoring ou de formation continue: 60% jugent que leur employeur ne met pas suffisamment en place d’initiatives permettant de renouveler ou de consolider leurs compétences. De même, sur la question de l’employabilité, ils sont 40% à déclarer que les offres de formation ne sont pas suffisantes. Et pour cause : le taux d'accès aux formations chute à 33% pour les salariés âgés...
  • Un horizon bouché et des talents boudés: 79% disent ne pas être satisfaits des opportunités d’évolution de carrière à leur disposition. Un sentiment renforcé par le fait que 61% des seniors estiment que leurs employeurs ont une mauvaise gestion des talents.

Recrutement : 91% des séniors s’estiment discriminés à l’embauche

Pour expliquer le fort taux de chômage des plus de 50 ans, il faut garder à l’esprit que, sur le marché de l’emploi, l’âge véhicule bon nombre de préjugés qui sont autant de freins à l’embauche.

L’association de cabinets de recrutement A Compétences égales a entrepris de mettre en lumière ces difficultés en interrogeant les séniors et les recruteurs sur les freins perçus en 2014 par la création d’un baromètre de l’accès à l’emploi et l’âge. Voici les principaux freins invoqués par les séniors, d’une part, les recruteurs, de l’autre :

frein-embauche-seniors C’est la notion de coût qui est identifiée comme centrale pour les deux parties. Une tendance confirmée par une étude de l’Institut Montaigne qui explique que les employeurs français jugent « la population des seniors plus coûteuse pour une entreprise et potentiellement moins adaptée aux évolutions technologiques ». Un fait d’autant plus étonnant que, selon l’étude de A Compétences égales, 75% des seniors accepteraient une diminution de salaire pour rester en poste...

Au final, si la perception des atouts des séniors reste stable, c’est la perception des freins qui évolue : celle-ci tend de plus en plus à intégrer l’urgence du profil, c’est-à-dire le temps restant à travailler et les recruteurs sont de moins en moins enclins à former des salariés jugés trop proches de la retraite.

Contre ces comportements, l’association A compétences égales appelle à une remise en cause de la conception de la séniorité : « Privilégier la notion de “sénior” sur un profil plutôt que sur une personne : le profil sénior d’un candidat plutôt qu’un candidat sénior. » Et si les séniors n’étaient plus ceux qu’on croit ?

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